Problématiques d’adolescence, entretiens familiaux et société

Cet article est en lien avec le thème "éducation sentimentale psychosociale" mais il traite d'autres questions. Nous n'avons pas vocation d'écrire un ouvrage sur l'adolescence, ce serait fastidieux et surfait. Nous nous limitons à aborder quelques constats à partir de certains aspects de questionnement qui nous interpellent. adolescence

Contraintes et avantages du travail systémique

La démarche professionnelle avec les adolescents, nous la situons dans une perspective résolument psychosociale en utilisant notamment l'analyse systémique au contraire des entretiens individuels. Certes, les démarches individuelles en psychologie clinique obtiennent parfois des résultats encourageants et indéniables mais par définition ils demeurent individuels et ne remettent pas en cause un contexte pathologique plus large.

Et puis vous avez remarqué que plus la société fait mine de se focaliser individuellement sur ces jeunes gens, de prétendre les psychologiser, plus la génération suivante dix ans après pose encore plus problème. Plus ça va plus c'est dur et nous verrons plus loin que ce ressenti populaire n'a rien d'étonnant.

Beaucoup de gens entrant dans une démarche de thérapie familiale systémique le font au départ parce qu'ils ont un souci avec un enfant, ou des enfants, et notamment à l'âge adolescent. Cependant, tous les parents qui ont ces soucis ne se dirigent pas vers les entretiens familiaux, loin s'en faut. Nous évoquons ici des parents qui à priori ne fuient pas les questions psychologiques comme la peste, et qui ensuite acceptent des règles de jeu plutôt contraignantes. En effet, en systémique, c'est toute la famille qui travaille ensemble en séance. C'est très différent d'une démarche psycho individuelle qui consiste à déposer le fils/la fille posant problème chez le praticien et à venir le/la rechercher une heure après en espérant qu'il/elle va être bientôt réparé(e).

Il faut bien dire que les entretiens familiaux systémiques n'attirent pas une foule de volontaires mais que nous les considérons plus pertinents qu'un suivi individuel.

Pourquoi ? Et bien déjà parce que l'adolescent est naturellement dépendant de son foyer familial depuis sa naissance et que dans les faits il le sera encore un certain temps. Il interagit d'une manière intime et complexe avec son système familial dans un processus à l'œuvre depuis sa naissance et sa conception. On lui dit sans lui dire : quand tu vas mal, nous allons tous mal, mais nous ne l'exprimons pas de la même manière que toi, d'autant plus que chacun de nous a endossé un rôle spécifique, par obligation.

On lui dit sans lui dire un tas d'autres choses mais tout cela n'est qu'une partie du dossier des entretiens familiaux systémiques, un dossier bien chargé.

Une famille a des ressources internes, un accompagnant a des limites

Après une période de crise ouverte, ou de questionnement durable même sans crise aigüe, le système familial confronté aux entretiens va trouver ses propres issues nouvelles. Aucun thérapeute familial n'est capable d'obtenir ce processus à la place de la famille, aucun accompagnant ne détient de solution quelle qu'elle soit.

L'accompagnant n'a pas ce pouvoir ni ce don, sa compétence sert à favoriser les questionnements et permettre l'émergence de communications supplémentaires pertinentes dans le groupe familial. Il peut s'agir d'informations méconnues qui étaient bloquées sans que l'on s'en rende compte alors qu'elles sont stratégiques et importantes, d'affects qui ne sont pas conscients, de connections et de liens mentaux et émotionnels qui assemblent des fragments de réalité inattendue, un peu comme un puzzle qui prend forme et sens.

Toute famille qui n'est pas irrémédiablement tarée a des ressources qui n'appartiennent qu'à elle. Ressources peut-être dissimulées dans une vaste zone d'ombre, mais après tout c'est aussi vrai pour certaines tragédies, certains secrets…les ressources mises à jour et en circulation vont permettre à cette famille de créer ses propres issues thérapeutiques.

Ce serait une erreur de penser l'inverse, l'accompagnant, le praticien ne sont pas thérapeutes ni thérapeutiques, ils permettent seulement à la famille de le devenir dans le meilleur des cas.

Le travail d'accompagnement psychosocial est difficile, complexe et profond pour le praticien, il dévore une énergie interne considérable. L'accompagnant n' a rien à voir avec un rôle de conseiller, il n'est pas non plus un observateur du genre le savant qui observe les sujets depuis un poste en retrait. Parce qu'en entretien familial tout le monde est plongé dans le bain, l'accompagnant est mouillé aussi, sinon le vrai travail n'est pas possible. Son rôle, qui se distingue radicalement de celui des membres de la famille, est d'encadrer et de faire avancer un questionnement, une investigation, une expérimentation, en permanence.

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L'adolescent a une famille et donc une histoire, une culture, un ancrage

On découvre souvent en entretien familial que ce n'est pas du luxe superflu pour un adolescent d'aborder son histoire de vie personnelle et de la relier à l'histoire de ses parents, à celle de sa famille maternelle et celle de sa famille paternelle.

Cela fait beaucoup d'Histoire et d'histoires mais sans tomber dans la psychogénéalogie, comment faire l'impasse sur un passé ou un enchaînement de faits de causes et d'effets lorsqu'il s'avère qu'ils retentissent justement sur la vie actuelle des membres du foyer ?

Comment demander à un adolescent d'être autre chose qu'un petit emmerdeur mutant qui pourrit votre vie s'il n'a pas accès à son histoire familiale, à sa culture familiale, comme si ces choses n'existaient pas, comme s'il était un électron libre tombé d'un ciel vide, un jour par hasard.

Ce processus de retour à l'information personnelle, familiale historique est aussi une alternative à l'enfermement de l'individu dans sa seule culture adolescente, dans son seul réseau social adolescent, parce qu'il n'y a justement pas que ça dans la vie.

Et c'est aussi un début de ré-ancrage, de reconnexion dans son identité, dans sa construction personnelle qui est liée à d'autres personnes qui ne sont ici pas ses pairs, l'album des photos de famille s'incarne et prend tout son sens à travers le temps.

C'est par ailleurs une arme contre la déstructuration parce qu'elle réduit le sentiment de séparation entre moi et le monde, moi et la vie sur terre. Elle fonctionne avec de l'information, communiquée, exprimée, elle est assez mentale à première vue mais son énergie est affective et émotionnelle.

Il est vrai que parfois, certaines informations nous perturbent dans un premier temps, parce qu'elles ne sont pas toutes chargées d'éléments désopilants. Nous savons d'ailleurs que dans tout processus qui s'apparente à la psychothérapie, il peut exister une phase difficile à digérer, ce qui fait d'ailleurs dire aux gens : " ah, depuis qu'il/elle va chez le psycho, il/elle tire encore plus la tête qu'avant, ça n'a pas l'air d'être une réussite ! ", cependant c'est cette phase de perturbation qui va déboucher sur de nouveaux liens avec notre propre existence.

Nous évoquions les sentiments de séparation, ils sont parfois vagues mais oppressants et à peine conscients, impressions de pseudo-vie, d'artificiel, en tous cas ce sont des fléaux masqués qui poussent l'adolescence dans une position de radicalisation et quelques passages à l'acte et certaines déviances.

C'est logique puisque l'individu n'est pas dans son axe, il n'est pas dans sa vie, il n'a pas de prise tangible avec la vie elle-même.

L'accompagnant psychosocial ne dispose pas de ces informations qui déclencheront le processus de ré-ancrage. C'est la famille qui les a, c'est la famille qui va faire le processus. Comme son nom l'indique, l'accompagnant accompagne, il accompagne le processus avec toutes ses compétences pour que les choses se passent en sécurité.

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Les générations en présence face à leurs responsabilités partagées

Ce court article est en lien assez direct avec cet autre intitulé : "la période d'adolescence est une fabrication de la société" . Nous voulions simplement exprimer une difficulté que nous rencontrons souvent, comment progresser par rapport aux problématiques adolescentes avec un monde adulte qui se remet aussi peu en question sur sa propre relation à la société.

En principe, ce sont les adultes qui s'accouplent et font des enfants. Ce sont les adultes qui construisent des écoles, forment des enseignants, des pédagogies, ce sont les adultes qui font, produisent et définissent l'essentiel de la société. Ensuite les enfants et les adolescents réagissent à cet environnement et comme dans tout système circulaire, de par leur interaction ils le modifient, ils l'influencent en tous cas, et le système-société se transforme dans un sens peu prévisible.

Mais ce sont bien les personnes majeures qui votent ou sont abstentionnistes, font des lois, dessinent une architecture, maçonnent et manoeuvrent les grues…

Or, dans notre débat psychosocial nous évoquons ici souvent le phénomène de la séparation dans le sens de : avoir une sensation de séparation, en avoir le sentiment, se trouver dans une réalité matérielle vécue de séparation avec son environnement, ce qui nous entoure, ceux qui nous entourent….plus quelqu'un se sent séparé du monde extérieur (le monde extérieur devient même très très extérieur dans des conditions défavorables) plus ce quelqu'un risque de répondre à cet état de séparation par des comportements pathologiques.

Alors comment réduire ces phénomènes de séparation, cette vie sociale artificiellement fragmentée derrière des murs invisibles, comment par exemple installer une passerelle entre les générations ?

Quand les adultes demandent aux adolescents de s'ouvrir au monde adulte et d'y poser un peu les pieds, la demande est légitime. Et puis elle permet d'envisager une réduction de la séparation. Mais il ne faut pas oublier qu'il appartient en retour au monde adulte de s'intéresser au monde adolescent. Une passerelle est faite pour fonctionner dans les deux sens, lier et relier ça se passe dans les deux sens.

A tout âge on a quelque chose à apporter à la société et à tout âge on apprend de la société. Voilà une belle phrase mais sommes-nous vraiment d'accord les uns et les autres sur ce principe ? Ce n'est pas sûr.

Certains adolescents ont des idées intéressantes, des connaissances nouvelles intéressantes, et les adultes n'ont pas la science infuse loin de là, sinon le monde n'aurait pas l'allure qu'il a.
Le débat entre les générations a donc tout intérêt à rester ouvert dans les petites choses comme dans les grandes.

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Un questionnement obligatoire : l'intéraction entre la famille, l'adolescent et la société

Les entretiens familiaux ouvrent des perspectives et du progrès pratique et en même temps leur champ d'action est relatif. C'est normal, ils restent des entretiens familiaux et la barrière du contexte social qui entoure la famille est solide. Cependant, dans toute approche systémique, la question sociale se pose et nous cherchons les informations utiles sur la relation entretenue par cette famille avec son réseau social, avec le monde dans lequel elle vit.

Encore faudrait-il pouvoir déterminer à quoi ressemble cette société ?

Dans quelle mesure les adolescents sont-ils un reflet de leur éducation familiale, de leur histoire familiale, dans quelle mesure sont-ils un produit transformé par la société environnante, société qui à la base est une fabrication du monde adulte détenant le pouvoir officiel.

Nous n'avons pas de réponse, alors direz-vous à quoi bon poser ces questions ? Mais parce que si on arrête le questionnement, on fera du travail psychosocial au coup par coup, à la petite semaine, sporadiquement. En agissant avec cette famille en péril, celle-ci aura désamorcé une bombe à retardement en son sein, ce qui constituera une belle victoire des entretiens familiaux. Mais la cause psychosociale de l'adolescence n'avancera pas si on arrête le questionnement social de fond.

Jamais sans doute la culture adolescente n'a atteint un tel degré d'enfermement sur elle-même, y compris sur un plan technique sinon technologique.

Les grands-parents sont étrangers à cet univers, qu'il soit virtuel ou matériel, les parents en sont éloignés, avec ce paradoxe que nous relevions que ce sont cependant des adultes, même si jeunes adultes qui re-fabriquent et re-déterminent cet univers culturel adolescent.

Sur un plan économique, les enjeux de l'affaire sont très conséquents. Le monde adulte des affaires à tout à y gagner, c'est beaucoup plus rentable que notre pauvre psychologie sociale à chômage chronique.

Nous évoquions des effets pathologiques de la situation, par exemple des processus qui produisent des sentiments de séparation entre l'individu et son environnement. Oui, mais la société actuelle se complaît dans ce fonctionnement. Elle aime construire des catégories et encore d'autres catégories qui la fragmentent, et les adolescents sont vulnérables à ce courant général. Ils sont coupés du monde de l'enfance qu'ils ont quitté de par leur croissance naturelle, mais la société a artificiellement rajouté une couche de séparation. Ils sont coupés du monde adulte comme si la société faisait semblant de croire qu'ils n'allaient jamais y entrer. Ils sont coupés des vieux parce que la société leur fait apparaître les anciens comme des martiens fossilisés qui n'auraient jamais connu qu'une vie martienne très lointaine et très ancienne.

Nous ne voulons pas minimiser la responsabilité interne des familles dans les problématiques adolescentes, mais nous relativisons l'impact de sa famille sur l'adolescent. Nous le faisons dans le sens où une famille désignée ne peut être la productrice exclusive des phénomènes. Une famille interagit quotidiennement avec la société et cette société loin d'être neutre et passive, affirme au contraire des caractéristiques bien marquées.

Quand nous parlons même d'une génération technologique qui baigne dans Internet, les messageries multiples, les téléphones portables à multi-usages, les productions d'images de tout ordre, les jeux en réseau électronique, les codes de communication écrite et orale via l'électronique, demandons-nous combien d'adultes vieillissants, hier adolescents des remuantes années 1970 auraient dérapé et fait pire que leurs enfants d'aujourd'hui s'ils avaient manipulé ces techniques ?

La génération adolescente actuelle hérite du monde dans lequel elle pousse, elle n'en est pas la créatrice. La responsabilité interne de la famille n'est pas uniquement de se poser des questions psychologiques mais aussi de savoir s'interroger sur la société et sur quelle relation elle entretient et construit avec cette société.
La période d'adolescences est en partie une fabrication de la société.

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La période d'adolescence est en partie une fabrication de la société

On entend dire que le temps d'adolescence s'allonge, c'est à dire qu'aujourd'hui on transite plus longtemps qu'avant dans une période de vie qu'on appelle adolescence.

Il faut tout de même rappeler que c'est une affaire sociale plus qu'une affaire naturelle. On devrait dire " aujourd'hui on est socialement adolescent plus longtemps ". A travers l'Histoire, toutes les sociétés du monde ont déterminé quand et comment on était adolescent, voire aussi comment le concept d'adolescence pouvait ne pas exister. Par contre, enfance et âge adulte sont universellement reconnus et on leur donne partout une valeur physiologique à la base.

Nous ne remettons pas en cause ici l'existence nécessaire de la phase d'adolescence, loin de là, nous disons seulement qu'elle reste définie par la société. C'est la société qui nous dit enfant, nous dit adulte, nous dit ni enfant ni adulte. La société définit les adolescents comme séparés des enfants et non intégrés dans le monde adulte.

Dans le quotidien social, la culture adolescente répond peu ou prou aux critères définis par la société, à savoir qu'elle participe le moins possible à la vie des adultes.

La grande mode de l'establishment socio-politique français c'est la citoyenneté, nous devons tous faire des actes citoyens, et bien disons que si l'adolescence est citoyenne c'est une citoyenneté de l'ombre.

La citoyenneté adolescente c'est accéder en exclusivité à un univers-bulle, être gestionnaire de l'argent de poche, consommatrice de sa chère société de consommation adorée, occupante légitimée et toujours exclusive d'une chambre-forteresse, et ainsi de suite…

L'accompagnement psychosocial doit tenir compte de tous ces aspects qui reflètent le monde dans lequel nous travaillons.

La génération adolescente actuelle hérite du monde dans lequel elle pousse, elle n'en est pas la créatrice. La responsabilité interne de la famille n'est pas uniquement de se poser des questions psychologiques mais aussi de savoir s'interroger sur la société et sur quelle relation elle entretient et construit avec cette société.

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Les parents d'élèves face à l'autorité scolaire

Quand les adolescents posent problème, les composantes du monde adulte ont tendance à se renvoyer la balle devenue trop chaude. Cette manière de faire nous rappelle que la société est bien rongée par ses contradictions internes.

Un exemple connu est représenté par les enseignants et les parents d'élèves. Les premiers souffrent du comportement des adolescents dans le quotidien du travail,et disent que les seconds sont démissionnaires, alors que leur rôle à eux enseignants n'est pas un rôle d'éducateur.

Les parents, plus ou moins accusés de ne pas être à la hauteur disent que les enseignants ne sont pas de bons enseignants, que les pédagogies sont inadaptées au public et ainsi de suite…

Ces positions sont intéressantes, aussi parce que certaines fois enseignants et parents d'élèves appartiennent à la même génération. Ils sont les uns et les autres des adultes qui ont été enfants puis adolescents à peu près en même temps et devenus acteurs d'une société d'aujourd'hui qu'ils représentent plus ou moins par la force des choses, qu'ils reflètent. Or, ce sont bien les adultes qui ont le pouvoir de maintenir ou de transformer la société, et l'école est une production de cette société.

Les parents d'élèves sont dans le camp adulte, nous faisons exprès de dire " camp " puisque la société se complaît à nous diviser en camps de générations qui s'observent derrière leurs retranchements.

Cependant les parents d'élèves sont des adultes qui ont parfois des comptes à régler avec les autorités scolaires et qui agissent donc d'une manière orientée. Ces comptes remontent peut-être à une autre époque où les conflits de génération étaient vifs aussi. Si nous considérons la fin du vingtième siècle, nous y voyons des vestiges d'époques encore antérieures où les excès d'autorité, les injustices institutionnelles, un pouvoir enseignant abusif et brutal, une absence de débat avaient été choses courantes.

Beaucoup de parents d'élèves d'aujourd'hui ont connu cette phase de transition considérable qui a libéralisé les mœurs et coutumes scolaires pendant vingt ans, ce qu'on a appelé un peu facilement l'après 1968.

Certains parents d'élèves poursuivent la transformation de manière cette fois renversante, en se montrant aujourd'hui alliés directs ou indirects de leurs enfants contre l'autorité scolaire. Cela ressemble à un retour de bâton à travers plusieurs générations, retour de bâton plutôt aveugle, plutôt inconscient, assez improductif car paralysant. En tous cas, il dérive vers la fabrication de nouveaux problèmes.

Cela nous fait penser à un phénomène de polarités . Les excès et la brutalité récurrente caractérisant l'éducation scolaire de 1900 à plus, et puis les excès inverses des années 2000, aussi violents.

Ecrasés hier par cette école autoritaire, hiérarchisée, ce monde enseignant enrégimenté et dominateur, déstructurés aujourd'hui par le pouvoir donné aux adolescents sans repères renforcé par la complicité de parents revanchards.

Image caricaturale mais pas toujours éloignée de la réalité, et ce qui menace de nous écraser aussi, c'est ce sentiment bien lourd que tout cet univers tournant autour de l'institution scolaire ouvre peu ses portes à la psychologie sociale alors qu'il en a terriblement besoin.

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Exemple socio-culturel de masse : l'évolution des programmes culturels pour enfants

Voici des adultes qui se plaignent parce que le môme veut regarder un dessin animé débile à la TV. Il est vrai qu'en prêtant attention à ce programme, on remarque qu'il est assez consternant et nous met mal à l'aise. Oui mais c'est ça que le gosse veut voir.

La chose est contrariante, mais ce sont bien des adultes qui ont fabriqué le poste TV, qui produisent la diffusion d'émissions, qui ont conçu et réalisé ce dessin animé-là…

L'enfant est un récepteur, ensuite il va interagir avec le spectacle, mais ce sont les adultes qui ont créé le contexte initial.

Dans les années 1960 et 70, les adultes de l'audiovisuel ont aussi créé un contexte initial. La télévision est alors en plein développement dans la société civile, avec peu de chaînes et moins d'heures de diffusion que par la suite. Les programmes destinés au jeune public sont en nombre proportionnel à cette quantité hertzienne et sont d'une grande richesse. La qualité est au rendez-vous et une tonalité particulière se dégage dans la fantaisie, le charme, une certaine chaleur-douceur. Le jeune téléspectateur de cette époque reçoit l'influence de cet écran conçu par cette génération adulte de créateurs.

A l'approche de 1980, un tournant s'opère, les nouvelles productions des pays riches se sont transformées, les programmes pour enfants sont nettement plus agressifs et abordent résolument des fantaisies cette fois violentes. Comme toujours, les média concernés vont se justifier en commentaires, ils disent : que voulez-vous, les temps changent, nous avons une nouvelle génération de téléspectateurs enfants qui ont des goûts en phase avec leur temps alors on a adapté notre production, concurrence, il faut qu'on vende, et tout ça…

Eternel discours, que répondre, en effet on sait bien que la société des années 1980 est différente de celle des années 1960, le contexte de vie a été bousculé, les choses se sont durcies dans les pays riches en crise. Mais un enfant reste un enfant, il regarde ce qu'on lui donne à regarder. La société adulte a changé, elle reproduit ses changements dans la culture TV, et puis la nouvelle génération de créateurs, de producteurs se différencie radicalement de l'ancienne. Ce ne sont pas les enfants, public, qui sont en cause, les enfants vont s'imprégner de cette production culturelle et ensuite ils vont commencer à interagir avec elle comme avec le monde qui les entoure.

Nous remarquons par exemple comment dans les années 1990, les fictions enfantines sont à la fois plus bavardes avec un rythme de langage plus rapide, plus vulgaire, plus grossier éventuellement. Il y règne une obsession de dialogues qui se veulent branchés. Les personnages s'expriment comme des pré-adolescents alors qu'ils ont huit ans par exemple. Il faut toujours qu'une émission s'adressant à une tranche d'âge utilise une image et un verbe qui relève en fait de la tranche d'âge supérieure, c'est devenu une règle implicite. Le petit est bombardé de représentations qui concernent l'âge moyen comme le pré-adolescent est imprégné de représentations nettement adolescentes.

Cette génération de créateurs adultes et de producteurs continue d'affirmer que la télévision n'a qu'un impact très relatif sur le jeune public et que seuls des vieux attardés et réactionnaires prétendent qu'elle comporte un risque psychique.

Or la biologie moderne et ses études sont assez claires : le cerveau en croissance de l'enfant, sa chimie particulière, ses connections neuronales le différencient du téléspectateur adulte, le travail de filtrage entre information visuelle et transmission émotionnelle est par exemple bien plus inachevé et donc fragile chez l'enfant. Les effets de stimulation auditives et visuelles à haute dose à l'âge tendre préparent le terrain à un état de manque psychique et nerveux des année plus tard prédisposant à l'orientation de conduites addictives qui essayent de combler un ressenti mental et physique de trop-vide.

Comme toujours il nous manque du recul et il n'y a pas de principe de précaution parce que jamais dans notre histoire moderne des enfants n'ont passé autant de temps réel devant un écran TV.

Voilà pourquoi la télévision nous intéresse autant en accompagnement psychosocial et nous pensons lui attribuer l'importance qu'elle semble décidément avoir pris.

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Autoritarisme et permissivité des générations amoureuses

Si nous devions écrire une série intitulée" retours de bâtons et contre-pieds " sur deux ou trois générations , il faudrait livrer un épisode qui intéresse un phénomène progressivement apparu comme s'il était naturel et sans objet : la jeune fille de la maison, mineure, vous ramène chaque semaine son boy-friend qui dort dans son lit et le damoiseau ramène chez ses parents sa girl-friend pour faire pareil.

Nous n'évoquons que les cadres hétérosexuels, on ne sait pas pourquoi c'est l'un des rares domaines où la grande déferlante homosexuelle n'a pas encore vraiment pris pied, il faut attendre encore un petit peu mais ça va venir.

Ces phénomènes de couche partagée avec les doudous légèrement repoussés près de l'oreiller étaient rarissimes hier, à l'époque des tyrannosaures et des fougères géantes, c'est-à-dire vers 1979.

Les parents d'aujourd'hui vous expliquent qu'au bout du compte ça leur permet de garder un œil sur la sexualité de leurs adolescents. Ce serait finalement une forme du fameux contrôle parental, comme pour la technologie domestique. Les adultes vieillissants sont même rassurés parce que les choses apparaissent comme instaurées, instituées : on a qu'une seule partenaire, un seul partenaire, et si le mot n'est pas élégant on pourrait dire un seul fiancé, une seule fiancée, concepts issus de temps très anciens, avant même l'époque des tyrannosaures.

Donc on sait ce qu'ils fabriquent dans la chambre, on sait quels moyens contraceptifs ils utilisent, et si on ne sacrifiait pas à ce compromis domestique, allez savoir ce que ces jeunes gens iraient expérimenter hors de tout repère.

Les arguments paraissent très raisonnables, peut-être sont-ils même trop raisonnés pour un sujet aussi existentiel et aussi imprévisible que le domaine de la relation amoureuse sexualisée.

Mais au fait, posons une autre question : en ce qui concerne les adolescents, en quoi ce fonctionnement moderne les rend-ils plus épanouis que ne l'étaient les anciennes générations au même âge ?

I l est bien difficile de répondre, mais à première vue l'épanouissement de nos petits jeunes actuels ne nous frappe pas particulièrement.

Autre question : du côté des parents, en quoi ce fonctionnement a-t-il amélioré globalement la vie affective familiale, la fluidité de la communication, la souplesse des réajustements, la qualité émotionnelle et ce que vous voudrez d'autre ?

Il est de nouveau difficile de répondre, rien d'apparent ne semble se dégager, et pourtant il serait profitable de prendre le temps d'approfondir ces questions et d'en savoir plus.

La quête de sens n'est jamais inutile, et quel est le sens exact de ces accouplements adolescents sous contrôle domicilié parental, à part le fait d'essayer de se rassurer aussi en ayant l'air d'être comme tout le monde, donc normal, conforme aux statistiques de son milieu et de son temps. Ne surtout pas apparaître comme un(e) paumé(e) à côté de la plaque.

Demandons-nous aussi dans quelle mesure les parents regrettent de n'avoir pu vivre cette expérience quand ils étaient jeunes, dans quelle mesure ils estiment que cela aurait été bien pour eux-mêmes. Mystère…projettent-ils sur leurs enfants un fonctionnement inusité jadis ?

Ce ne sont que des questions, mais le problème de fond c'est qu'à force de ne pas se poser de questions on a justement tendance à suivre des pratiques diverses simplement parce qu'elles sont dans l'air du temps, sans vouloir non plus en réalité en aborder les vraies incidences ou conséquences.

Nous pensons ainsi contrôler les choses en conformité avec une soi-disante évolution des mœurs mais ce sont les choses qui nous contrôlent et nous échappent au bout du compte. Quand une période de crise s'annonce pour nous, nous avons alors le sentiment brutal que nous n'avons pas eu de prise sur la vie, sur le quotidien, et que c'est comme une fatalité qui nous frappe.

La psychologie sociale c'est peut-être aussi une volonté de se poser les bonnes questions avant, plutôt qu'après-coup.

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SI VOUS CHERCHEZ ...


Accompagnement psychosocial : thème 1
Adolescence: thème 4 et thème 8
Amour (sentiments, représentations, réalités…) thème 3, thème 4 et thème 8
Analyse systémique : thème 2
Bénévolat : thème 7
Couple : conjugal : thème 3 et thème 4
Couple : parental : thème 3, thème 4, thème 7, thème 8, et thème 9
Crime : thème 5
Désir (libido…) : thème 4
Deuil : thème 10
Ecole (scolaire) : thème 8
Erotisme : thème 4 et thème 6
Europe de l’ouest, problématiques de vie courante : thème 6
Famille, entretiens familiaux : thème 2, thème 3, thème 7, et thème 8
Gestalt-thérapie : thème 2
Identité (culturelle, de langue, géographique…) : thème 9
Insécurité (sentiment d’insécurité) : thème 5
Maladie de longue durée : thème 7
Média (rôle, influence…) : thème 4, thème 5, thème 6, et thème 8
Métis, métissage : thème 9
Parent, parentalité : thème 3, thème 4, thème 7, thème 8, et thème 9
Parents d’élève : thème 8
Psychothérapie (écoles, courants, pratiques…) : thème 1, et thème 2
Sexisme (masculin et féminin) : thème 4
Sexualité : thème 3, thème 4, et thème 8
Victime : thème 5

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