Identité, métissage et questions françaises

Il aurait été difficile de nous exprimer dans le champ psychosocial sans jamais intervenir sur une question comme le métissage alors que notre pseudonyme est le Métis Flamand de la Terre d'Oye.

Nous parlons ici de métissage dans le sens initial, géographique, culturel, et nous allons nous référer au contexte compliqué de la société française d'aujourd'hui, productrice d'états d'esprit divers.

métissage


Ces quelques lignes de réflexions sont dédiées aux personnes métissées par les aléas de l'existence et très ouvertes évidemment aux non-métis qui sont amenées à se poser des questions sur les choses identitaires.

Comme vous voyez, la vie est étrange puisque nous venons même de créer une catégorie de gens baptisée " non-métis ".

Les trois variables possibles de notre identité

Aucune règle, aucune loi universelle bien sûr à ce sujet, mais il semble possible que pour définir l'identité géographique, culturelle, d'une personne, nous fassions intervenir trois facteurs généraux. A partir de ceux-ci, incontestablement se dessine une certaine identité personnelle.

Premier facteur :
C'est l'identité que vous ressentez vous-même pour vous-même. Cela ne veut pas dire qu'elle soit toujours précise. C'est un facteur interne, constitué de plusieurs sentiments qui se transforment souvent en raisonnement. Vous pouvez ainsi ressentir une forme de citoyenneté déterminée, ou bien une appartenance à un lieu, une société, un des espaces, un des milieux, dans le(s)quel(s) vous évoluez. C'est là que vous faîtes votre vie comme on dit.

Sentiments et raisonnements vont-ils de pair, oui c'est sans doute plus fréquent chez la personne métissée qui a tendance à prêter plus souvent attention à ses ressentis et à se demander où est sa place dans le monde.

Toute forme d'espace physique, géographique, social, humain peut incarner cette identité ressentie, un quartier, un port d'attache, une province, une ville, un continent, un nomadisme….

Cette notion d'identité que l'on porte à l'intérieur de soi n'est pas forcément spontanée ni fixée, n'est pas forcément un acte de naissance, c'est un aboutissement, un devenir, une construction…


Deuxième facteur :
Il est lié à vos origines familiales, ancestrales, aux mouvements de vos ascendants et de vos cousinages qui ont déterminé une histoire, une géographie, ont fait et remodelé une culture plus ou moins bien transmise.

Peut-être avez-vous accès à une mémoire collective entretenue par votre famille et les générations aînées, peut-être la mémoire n'a pu être transmise pour x raisons et votre historique demeure succinct et flou. Toutes ces questions sont dépendantes de l'information et de la communication de l'information.

Qui a été adopté à la naissance a aussi une famille génétique même s'il ne peut jamais découvrir qui elle est. Une personne dont le sang n'aurait jamais été analysé ne connaîtra pas son groupe sanguin et cependant elle sait qu'elle appartient à un groupe sanguin. En cas d'accident, c'est utile de connaître son groupe sanguin. C'est également utile de connaître son histoire génétique. En cas d'accident psychologique, la capacité d'avoir accès à son identité généalogique s'avère également profitable.

Mais nos origines sont plutôt fixées, c'est un ensemble de faits, une cartographie de ce qui nous a engendré, de ceux qui nous ont engendré. Nous sommes nés avec, à nous de voir après ce qu'on peut en faire.


Troisième facteur :
Il concerne l'identité que vous donne les autres. Chose qui n'est pas toujours simple mais nous sommes des créatures sociales en interaction avec un groupe, un milieu humain, un agglomérat humain qui semble parfois informe mais qui est toujours plus structuré qu'il n'en a l'air.

Certes, les gens autour de vous ne s'intéressent pas forcément à vos ressentis d'identité personnelle ni à vos origines familiales et comment circulaient vos ancêtres. Les gens s'intéressent plus à ce qui concerne leur propre vie et ce qu'ils font là où ils sont.

Mais justement, c'est là, c'est alors, qu'ils ont tendance à projeter sur le monde extérieur immédiat leurs propres schémas. Et vous faîtes partie de leur monde extérieur immédiat. Ils peuvent aussi bien projeter des images identitaires parce que la chose leur convient à ce moment-là. Par exemple en assimilant leurs voisins à leur propre identité ou à celle du groupe dominant, ou au contraire en les représentant comme radicalement autres, exotiques ou en construisant encore différents cas de figure. Ont-ils besoin d'un Parisien, d'un Nègre, d'un Français, d'un Plouc, d'une Urbaine, d'une Métèque, ils définissent la personne à leur convenance quelle qu'en soit leur ignorance, ceci en fonction de besoins émotionnels, affectifs, intellectuels, peu importe, ce sont les besoins du moment.

Et vous êtes bien obligé d'en tenir compte, que cela vous plaise ou non.

Si l'on veut travailler les questions identitaires sous un angle psychosocial, on ne peut négliger aucun de ces trois facteurs. Ils prennent tous une forme à un moment donné et construisent une réalité parfois multiple, parfois contradictoire, mais que nous rencontrons presque de la même manière que si nous entrions en contact avec un objet.

Cette investigation des facteurs permet aussi de ne pas s'égarer dans une approche irréelle, incomplète d'une question qui fait intervenir des sentiments profonds et donc délicats à appréhender.

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Vivre son identité métissée dans le contexte de la société française

Inutile de nous livrer à quelque réflexion politique mais notons seulement qu'il est amusant de voir un gouvernement français lancer un débat public sur l'identité française. Comment s'étonner que le fameux débat ait tourné aussi court, avec des questions déjà faussées dés le départ.

Avons-nous le droit au fait de poser d'autres questions, qui nous ramèneraient progressivement au thème de notre article ?

Par exemple, est-il possible de vivre dans la société française, de participer à cette société, en étant un étranger, en restant quelqu'un qui sera un résident étranger tout simplement ? Officiellement la réponse est oui .Mais psychosocialement parlant, ce oui est moins évident. En effet, parce que sachez que les uns se sont mis en tête de vous assimiler, car c'est pour votre bien, c'est pour vous protéger, pour que vous ayez autant de droits que les citoyens français, et que vous ne soyez pas discriminés par des méchants.

Depuis les conflits de toute sorte engendrés par l'époque coloniale, le thème de l'assimilation est une constante dans l'inconscient collectif bleu-blanc-rouge. Colonialistes hier, politiciens ou associatifs progressistes aujourd'hui, ils rêvent encore et toujours d'assimiler tout ce qui bouge.

Que vous soyez, ou ne soyez pas de nationalité française, en tant que métis vous serez confronté à cette dynamique collective latente, à peine consciente.

Et puis voici les autres, opposés aux premiers, ceux-là veulent vous renvoyer dans votre pays (ou n'importe quel autre pays) pour diverses raisons, vous prenez le travail des Français, vous profitez du coûteux système de sécurité sociale en escrocs et caetera…

D'autres encore, veulent bien de vous en tant qu'étrangers ne devenant pas français. Mais il y a une condition : vous devez vous comporter comme si vous étiez des Français, dont ils ont défini dans leur esprit ces caractéristiques dont le gouvernement voulait tant débattre. Vous devez aussi dire, souvent si possible, combien vous aimez la France et comment il n' y a rien de plus beau pour vous que ce pays-là.

Il est donc difficile d'assurer qu'en tant qu'étranger restant étranger vous aurez la partie psychosociale si facile que ça.

Autre question : peut-on vivre et participer à la société française en étant seulement partiellement français ? C'est-à-dire à cause de différents facteurs n'ayant pas le bonheur d'être entièrement français, mais à cause de ces mêmes facteurs n'étant pas non plus complètement étranger.

Quand on se trouve entre les deux, on a des points communs avec ce qui serait défini comme une identité française de la manière dont elle se représente, s'imprime et s'exprime modelant la société. Mais on a aussi une série de différences manifestes. Les points communs ne remplissant pas une globalité nous dirons que les gens dans cette situation ne sont pas intégralement français, ils le sont partiellement.

Tout cela peut être théoriquement définissable, mais la question est ; a-t-on vraiment le droit d'être cette chose-là, entre les deux, en partie partielle ?

Il faut voir, dans les faits cela peut se révéler vite assez inconfortable et peu viable, malgré la tolérance apparente de l'affaire. Il vaut quand même mieux être français tout court, ou au pire étranger tout court, c'est notre hypothèse, à savoir ; la société française est politiquement ouverte à l'immigration, n'en déplaise au discours des pleureuses qui visiblement n'ont jamais vécu dans d'autres états du vaste monde. Mais cela n'a jamais signifié que cette même société permet le confort psychosocial d'y évoluer à l'aise dans des identités mixtes, des identités justement non intégrales.

C'est pourquoi notre hypothèse conclurait à dire que, à priori, la partie n'est pas gagnée pour les métis. La réalité au quotidien est moins cool que dans les chansons. Ce n'est pas tant une question de faciès car la société française est habituée à composer avec toutes sortes d'apparences physiques, l'important n'est pas vraiment la tête qu'on a, c'est plus ce qu'il y a dedans : adhérez-vous à l'identité française quelles qu'en soient ses définitions, l'expression sociale de vous-même se distingue-t-elle comme française ?

Il est vrai que la France contemporaine présente l'aspect d'une société éclatée, sinon décomposée, fragmentée en tribus sociales ou sociologiques, différentes les unes des autres, par les aspects socio-professionnels, les finances, les modes d'habitat, l'accès à la société de consommation, l'habillement, le langage, l'alimentation et tout le reste…une société donc tout à fait hétérogène mais où vous êtes obligé de rejoindre au moins une des tribus qui composent la mosaïque, là vous devenez français.

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Le questionnement identitaire métis est parfois mal compris

Dans notre article sur les trois variables possibles de l'identité, nous en avons mentionné une que nous avons appelé "l'identité que vous donne les autres". Parmi tous ces gens que nous appelons les autres, un bon nombre peut-être a la chance de n'avoir aucune question d'identité à se poser. Ce sont par exemple des personnes dont les origines géographiques et culturelles sont sans ambivalence, normalisées et conformes à ce qu'on pourrait appeler la majorité de la population résidant autour d'eux.

Si de votre côté vous manifestez votre sensibilité, vos interrogations, votre manque d'assurance ou au contraire un excès d'assurance qui masque votre fragilité sur cette question, nous parlons bien de la question identitaire, les gens vous jugeront sans doute trop sensible, trop attaché à des questions pour eux sans importance, trop décalé…

Il existe par exemple une certaine attitude idéologique, typiquement franco-parisienne d'ailleurs qui consiste à mépriser et dénigrer toute forme de questionnement identitaire. Nous disons ironiquement franco-parisienne parce que ces citoyens ne se rendent justement même pas compte à quel point ils sont eux-mêmes imprégnés d'une culture locale, d'une façon de penser locale qui les rend aussi repérables qu'une Alsacienne en costume folklorique.

De toute manière, et c'est vrai dans n'importe quel domaine, quand une personne n'est pas concernée par une problématique, du fait de sa naissance, de son sexe, de son physique, de son milieu social et du reste, elle se demande pourquoi on fait un tel remue-ménage autour de questions qui lui paraissent secondaires. Ce qui ne nous concerne pas n'envahit pas au premier plan notre champ de conscience et par définition ne nous paraît pas primordial. Et comme en plus, il faut bien dire que l'empathie n'est pas une attitude très répandue dans la société courante, à l'arrivée il est compréhensible que des autochtones de pure souche n'aillent pas s'embarrasser des états d'âme des métis.

Cependant, un facteur perturbateur entre en ligne de compte : le fait que les gens projettent des images sur le monde extérieur et donc sur vous et que vous allez vous trouver re-défini par ces images. Le paradoxe, c'est qu'ils ne se sentent pas concernés par les questions identitaires et ne s'y intéressent pas mais que ce jour-là ils vont justement vous définir en terme d'identité. S'il leur faut un Nègre, vous serez un Nègre, si c'est un moment d'hystérie nationaliste footballistique (le football professionnel est la seule expression du nationalisme français qui puisse encore s'exprimer), vous serez obligatoirement un Français qui doit hurler à l'unisson avec tous les Français. Et ainsi de suite.

Même si la construction et la définition de votre identité personnelle est plus compliquée que celle de vos voisins, vous devez composer avec ce phénomène : pour eux, vous êtes aussi un personnage, un prototype vaguement symbolique ou même un écran temporaire ou durable sur lesquels ils recomposent des identités faciles qu'ils vous attribuent pour leur confort.

Peut-on dire que ça signifie encore quelque chose d'être soi-même, de rester ou devenir soi-même ? Il est difficile de répondre. De toute façon, vous êtes confronté à un défi de souplesse mobile.

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Les limites de la reconnaissance des métis par la société

Puisque notre questionnement est influencé par un contexte français, il nous faut faire un aparté américain. De toute façon quand on parle des Etats-Unis d'Amérique on parle des Français aussi, puisque les média bleu-blanc-rouge ont plongé la société française dans une fascination ambiguë mais permanente pour tout ce qui concerne les Etats-Unis en question.

Bien que submergés par cette relation malsaine et disproportionnée, il est intéressant pour les métis vivant en France de voir comment ce poids américain interagit sur les mentalités. En effet, la culture américaine n'est guère anodine sur les questions raciales, mais déteint-elle (c'est le cas de le dire) ou non sur le public français livré à ses filets ?

Evoquons donc une élection présidentielle américaine présentée comme historique. Sans surprise, les média français ont décidé que les gens de France devaient, par obligation, se passionner tous les jours pour savoir qui serait dans la course le prochain chef d'état américain. Les média français n'ont pas hésité à payer des instituts de sondage pour faire voter fictivement les Français qui devaient choisir le président américain. Le ridicule de la chose dépasse bien sûr toutes les limites et explique que le jour J venu, les lieux publics en France soient soudain envahis de postes TV pour que tout le monde partout puisse suivre la fameuse affaire. On n'avait pas connu ça depuis l'été 1969, époque plus excitante du premier être humain sur la Lune.

Donc, on ne sait pas si les électeurs américains ont demandé l'avis de leur très fidèle public français, mais enfin ils ont donné la majorité à un candidat qui se trouve être un métis.

La chose pourrait commencer à intéresser notre débat présent. Seulement, ce n'est pas de chance, ce nouveau président n'est pas reconnu comme métis, non, il est noir. Et pourtant, c'était difficile de trouver plus métis que lui, africain côté paternel, blanche yankee côté maternel. Mais non.

Et c'est normal et implacable, car la notion de métis n'est pas reconnue aux States, elle n'existe pas. Dans ce vaste empire qui retient tellement l'attention des media français, vous devez vous définir administrativement. Vous avez le choix, vous dîtes blanc, noir, jaune, rouge, hispano, (c'est une nouvelle couleur qu'ils ont inventée) et c'est sans nuance.

Dans la réalité de fait, aux USA dés que vous êtes métissé vous n'êtes surtout plus blanc, c'est comme ça que vous devenez automatiquement noir, jaune ou le reste…

Dans la perspective d'américanisation des esprits français (en France on a cessé d'être un Noir, maintenant on est un Black) la problématique des métis est douloureusement relancée.

Une base de cette problématique est faite de quoi d'ailleurs ? Tout simplement elle est faite du risque qu'en tant que métis les blancs vous trouvent trop noir et les noirs vous trouvent trop blanc (nous mettons exprès les couleurs en lettres non-majuscules). Et ça c'est vrai en Afrique, c'est vrai en Europe, c'est vrai partout.

Votre affaire, c'est que vous êtes né ceci et vous êtes né cela. Ceci et cela à la fois. Mais si l'environnement quotidien ne vous reconnaît déjà pas ni comme étant ceci ni comme étant cela, vous devenez quoi ? Plus rien ? Oui vous risquez de devenir rien puisque autrui vous a retiré le droit naturel d'être ce que vous êtes.

Avec la meilleure volonté du monde, c'est vrai que physiquement vous ne ressemblez pas aux uns et aux autres. Vous ressemblez au mélange, à l'assemblage des uns et des autres qui donne un troisième tableau, un troisième type.

Or, l'enjeu psychosocial il est bien là, pardonnez le mauvais jeu de mot, il est de permettre la rencontre du troisième type.

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Le métissage mal vécu et la tentation d'une identité intégrale

Le jour n'est pas venu où tous les métis de la Terre, main dans la main, s'organiseraient pour défendre leurs intérêts. Si nous revenons au monde d'aujourd'hui, métissage signifie comme nous l'avons vu précédemment que vous êtes fait à la fois de ceci et de cela et que par définition vous ne relevez pas de l'exclusivement ceci ni de l'intégralement cela.
Or, quand il est mal vécu, pour diverses raisons qui se déclenchent souvent dés l'enfance, le métissage peut avoir une curieuse conséquence psychologique pour l'intéressé : il fait naître le désir de s'annuler et de chercher à attraper une impossible identité intégrale. Ou comment parvenir à mettre sur le côté, renoncer, nier, essayer d'effacer l'une ou l'autre de ses composantes liées à ses origines métissées.

A première vue ou du moins d'un point de vue d'équilibre, cela équivaut à l'abandon d'une part d'héritage, de richesse personnelle, à l'amputation d'une partie de soi-même. Mais comme certaines amputations, cela part d'une bonne volonté, celle de moins souffrir. Ou avoir une vie moins tristement compliquée, c'est ce qu'on imagine obtenir dans un premier temps.

Cela prend la forme d'une volonté personnelle de permettre à l'une de ses composantes qui est éventuellement déjà dominante, car dans bien des métissages il y a préalablement une origine dominante, d'annuler, d'invalider les autres composantes, d'occuper toute la place.

Les conséquences comme le processus lui-même sont souvent niés par les intéressés. Mais la contradiction de la position qu'ils ont prise devient flagrante lorsqu'ils en viennent à se plaindre, de manière directe ou indirecte de leur mal-être, dont ils se rendent compte même sans l'avouer, qu'il est d'origine psychologique. C'est un mal-être existentiel.

Le métissage mal vécu appelle au travail psychosocial personnel et familial. Nous insistons sur l'aspect familial car nous sommes en présence aussi de ce que nous décrivons dans un autre article intitulé " les parents de métis, fondateurs du mythe familial ". le passé et le présent se télescopent ici constamment même quand ce n'est pas immédiatement visible. L'enfant-symptôme, jeune ou devenu adulte interpelle qu'il le veuille ou non, ses parents, ses grands-parents, tous les membres de ses groupes familiaux.

Identité mal assumée, désir de substitution d'identité, vouloir se convaincre d'être quelque chose qui vous plaît, vous attire ou vous rassure, essayer d'appartenir à tout prix à un groupe constitué qui vous reconnaît comme membre…des histoires vieilles comme le monde mais aussi facteurs de comportements névrotiques tout aussi anciens qui se traduisent de plus par un sacré gaspillage d'énergie interne . Et combien de temps pourra-t-on tenir cette dépense d'energie, combien de temps réussira-t-on à faire semblant, à se faire croire et à faire croire ?

Les entretiens familiaux ont capacité de jouer un rôle régulateur et de rendre au métissage mal vécu une chance de retrouver une position et un axe qu'il a perdu ou n'a jamais pu obtenir et de faire émerger une dynamique nouvelle qu'on n'imaginait pas.

Mais réunir ces gens en entretien n'est pas chose aisée, obtenir la coopération de quelques membres des familles est déjà un premier succès. Cette présence rendant la réunion possible, elle a déjà un effet thérapeutique avant même qu'on ait officiellement commencé le travail.

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La polarité du métissage bien vécu

On distinguera facilement les personnes d'origines métissées qui ont eu une bonne naissance dans des entourages familiaux mais aussi sociaux favorables.

Si c'est un métissage de première génération, il se sera accompli avec une acceptation naturelle de la part de la famille maternelle comme de la famille paternelle. Des gens qui dés le départ se tenaient prêts à composer avec ces données de l'existence incarnées par un, plusieurs enfants issus d'un couple mixte. Mais pour récolter le bénéfice de ce parcours en tant que fils et fille, petit-fils et petite-fille , neveu et nièce et toute autre position, la bonne famille n'est pas suffisante, encore faut-il que l'environnement social soit suffisamment ouvert. C'est à ce moment-là que l'alchimie se produit enfin favorablement.

Nous parlons de gens qui ont grandi équitablement avec leurs composantes, leurs origines. Ils en ont hérité et leur patrimoine culturel, riche des mêmes composantes, devient un patrimoine privilégié.

Ils sont adaptés à la vie d'ici comme ils sont adaptés à la vie de là-bas, ils sont bien à la fois ceci et cela . Cette alchimie réussie est repérable par quelque chose qui émane d'eux et qui est propre au métis à l'aise. Il est vrai que c'est peut-être à leur tour d'apporter au monde extérieur une nouvelle force culturelle, c'est à eux de voir, il n' y a pas d'obligation.

Nous parlons de polarité du métissage bien vécu face évidemment à la polarité inverse du métissage mal vécu. Tout cela peut paraître un peu caricatural, on attendrait certaines nuances d'états intermédiaires, et bien sûr il y en a. Oui mais en fait pas tant que ça. Il faut reconnaître qu'en ce domaine il y a une certaine tendance à ce que le processus marche bien ou pas bien, ce qui peut paraître décevant de simplification. Nous ne tiendrons pas un discours angélique, la perspective de naître métis dans bon nombre de sociétés, y compris la société française qui aime donner des leçons au monde entier, reste un défi existentiel qui entraîne un questionnement psychologique et social aigü. Quand les choses se passent bien, tant mieux, nous n'en sommes que plus soulagés.

Les parents de l'enfant métis fondateurs du mythe familial

Ce n'est pas un mystère sociologique, les couples destinés à crée plus tard un foyer familial se rencontrent en majorité dans des milieux sociaux et géographiques relativement proches les uns des autres. Mondialisation ou pas, cela reste la tendance plus commune.

Dans ces conditions, l'union d'un couple aux origines culturelles planétaires (avant on disait raciales) mixtes est encore aujourd'hui l'affaire d'une minorité de gens.

Bien sûr, on nous dira qu'à notre époque, toute union conjugale, sous forme ou non d'un mariage, est devenue une affaire fragile et de durée incertaine. C'est d'ailleurs étonnant dans ces conditions de voir autant d'énergie et d'argent engloutis dans des cérémonies et des noces euphoriques auxquelles personne ne semble croire très durablement. Ceci dit, il n'empêche qu'à l'approche d'une consécration officielle le couple mixte a un parfum d'aventure particulier, quelque chose de plus épicé que les couples non-mixtes, ils ne présentent pas au monde un visage encore tout à fait ordinaire.

Mais le couple mixte est une chose, le couple parental mixte en est une autre. C'est lui qui lance une histoire supplémentaire, un livre, un film inédits : l'enfant métis.

En analyse systémique on aime reprendre la formule amusante proposée par un chercheur et qui dit : dans un lit conjugal , on est pas deux, on est six. Cela nous rappelle que dans ces questions, les parents du couple mixte sont directement concernés. Ils sont les quatre grands-parents du premier enfant métis. Combien de fictions dramatiques, combien de sketches comiques ont utilisé cette trame : le jeune homme ou la jeune fille ramènent pour la première fois chez leurs parents pour une présentation officielle leur futur(e) fiancé(e). Et il/elle n'a pas du tout la tête qu'on attendait puisqu'on découvre qu'il/elle vient d'un autre continent.

Tout ça pour dire qu'il est difficile de travailler avec les métis sur la fondation du mythe familial sans une forme de participation de la génération parentale et grand-parentale. En dehors de cet angle psychosocial, il est vrai que ce thème a un aspect romanesque parce qu'il est issu d'une histoire d'union sentimentale qui a elle-même un relent de romanesque.

Il reste à voir si naître sur cette terre est une affaire romanesque, nous ne nous risquerons sûrement pas ici à engager un tel débat.

Nous constatons que : mettre des enfants au monde est considéré par la société comme un processus dit naturel, donc avec une notion d'automatisme, d'instinctif . La société appelle peu de questionnement là-dessus. Et donc si vous commencez à demander aux gens quelle relation intérieure ils entretiennent avec l'idée même de maternité ou de paternité, la recherche risque de tourner court. En effet le questionnement de fond est peu concevable et ceci dans la plus grande partie du monde, mis à part d'inévitables réponses stéréotypées et superficielles, programmées par des introjections de catéchismes religieux et athées.

En Europe, la culture sociale et son éducation cautionnent la procréation comme un droit absolu, sans réserve aucune, et devant être rendue possible par tous les moyens. De là découle par exemple la pratique scientifique d'un acharnement thérapeutique inouï avec les couples en difficulté de fécondation. Car leur situation paraît considérée comme le serait la plus épouvantable des maladies, bien que le monsieur et la dame ne soient en général malades ni l'un ni l'autre.

Nous nous trouvons donc dans ce contexte où il paraît mal venu de s'interroger sur le sens personnel de sa future maternité, de sa future paternité. Comment alors demander cela à un couple mixte ? Pourquoi devrait-il se poser plus de questions que les autres ? C'est parce qu'il est noir et blanc ? Cela ne lui apparaît pas juste. Pourtant, il est vrai qu'une partie de la société, autour du couple mixte, se pose des questions cette fois. Mais cette partie de la société réagit en fonction d'une barrière socio-culturelle qu'elle introjecte mentalement. Ne nous y trompons pas, il ne s'agit pas ici, ou rarement, d'un temps de conscience psychologique et spirituel soulevant une question sur le fait de mettre un enfant au monde.

Si nous voulons revenir à vous qui êtes issu d'un métissage ne nous perdons pas par ailleurs dans trop de considération littéraire. Ce métissage remonte peut-être à vos parents, vos grands-parents ou plus loin. Mais au départ se trouve ce que nous appelons un mythe familial fondateur, et il vous appartient. Historiquement, une dame et un monsieur se sont trouvés pour une aventure de vie qui n'est pas banale, au sens social où ce n'est pas l'aventure de vie commune du plus grand nombre des contemporains.

Vous êtes une conséquence de cette aventure et plus vous en savez sur cette histoire qui s'écarte de l'ordinaire, plus vous avez d'intimité avec cette histoire, gaie ou triste, plus vous en ressentez les liens avec votre vécu personnel, mieux cela vaudra pour votre équilibre personnel. Avec ou sans entretiens familiaux, quand le chemin est fait c'est à vous de jouer.

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